L’Avare de Molière ou « L’art de la dissimulation »

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Le Trac ne se lasse pas de proposer, de temps à autre, une pièce de Molière. Depuis le début de ces aventures, la troupe a visitée les « Fourberies de Scapin », « Dom Juan », « Le Bourgeois Gentilhomme », le « Malade imaginaire », et voici maintenant une nouvelle version de « L’Avare » (joué une première fois en 2002) ! Rejoué Harpagon, c’est renouer avec les ressorts inépuisables du jeux théâtre qui nous ramènent aux origines même du théâtre comique occidental.


« L’Avare » de Molière


« L’Avare » est une comédie de Molière en cinq actes, écrite en prose, et jouée pour la première fois en 1668. Cette comédie de caractère et de mœurs traite sous une forme burlesque de l’avarice dans le milieu bourgeois du XVII siècle en premier lieu, mais aussi la tyrannie domestique, l’égoïsme et de ce qu’aujourd’hui on nomme le sexisme. Il en montre toutes les conséquences dévastatrices. Le bourgeois, qui a réussi dans les affaires d’argent, pense pouvoir s’acheter une douceur conjugale pour ses vieux jours, au mépris des désirs des uns et des autres, y compris ceux de ses propres enfants. Ses projets sont finalement ruinés et la seule consolation qui lui reste est enfermée dans une cassette.


Qu’en est-il de notre vision de « L’Avare » ?


Et bien, elle navigue entre « classicisme » et fantaisie, entre farce cruelle et tragi-comédie. Harpagon ne serait-il pas le bouffon involontaire de l’Argent-Roi ? Un homme avide et tyrannique qui s’excite contre tout son entourage. Il comble une vie désespérément vide en se recroquevillant ou en s’arc-boutant sur son avarice, couvant ses sous, au détriment de ses enfants. Harpagon, monstre ou victime ? De quel mal, de quelle solitude souffre-t-il ? Obnubilé par l’argent, il n’échappe pas pour autant aux assauts des pulsions amoureuses, et aux tourments « collatéraux » ! Le personnage est plus complexe qu’il n’y paraît. Les autres personnages, aux multiples facettes, renforcent l’ambiguïté de l’œuvre.


La parabole du pouvoir de l’argent concerne d’autres protagonistes comme Cléante, Frosine. Chez eux, point de possession stérile, au contraire un désir de frivolité et de consommation. Mais « L’Avare » demeure fidèle à l’inspiration de la « commedia dell’arte », et toutes les situations sont indéniablement des prétextes à faire rire. Les scènes cocasses se confondent avec les farces de l’époque. A la fois comédie de caractère, bouffonnerie aux accents pathétiques, machine à jour, « L’Avare » recèle, pour les metteurs en scène, un défi majeur : comment faire jaillir « l’irrépressible joie de vivre » d’un Molière, en racontant l’aigreur, la méchanceté d’un usurier vorace, obsédé par sa cassette et la possession d’une jeune fille ? L’avarice d’Harpagon entraîne, dans la danse de la comédie, une débauche d’intrigues et de ruses pour le plus grand plaisir des spectateurs.


Distribution

Harpagon : Vincent Siano Cléante : Eric Buralli Elise : Emilie Lecot Valère : Jérome Lopez Mariane : Elsa Kmiec Frosine : Christèle Boulvin Maitre Jacques / Brindavoine : Michel Paume Maitre Simon / Le commissaire : Daniel Sellier La flèche / La merluche / Anselme : Georges Bresson


Mise en scène : Hervé Bonzom